Le roman "Grand Père" de Jean-Louis Costes ( Fayard - 2006 )
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INTERVIEW DE COSTES
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LIRE EST UNE AVENTURE
- On vous connait depuis longtemps pour vos chansons et vos opéras. Moins pour vos textes...
J’écris régulièrement depuis 1997. Des textes courts que je publiais sur mon site internet. Je croyais que personne ne les lirait. Mais ça a plu. D’autres sites et des revues littéraires indépendantes, comme Cancer, Hermaphrodite, Bordel... m’ont demandé d’écrire pour eux. En 2001, j’ai écrit un premier texte long, “Viva la merda”, qui ressemblait plus à un scénario de film qu’à un roman. Hermaphrodite l’a publié. En 2005, David Kersan m’a présenté à Raphaël Sorin qui m’a proposé d’écrire un roman pour Fayard : Grand Père.

- C’est étonnant qu’un artiste aussi underground que vous soit signé par une grand maison d’édition.
Je suis le premier étonné. Depuis vingt ans, je suis habitué à m’auto-produire et n’ai jamais eu un contrat avec une grand maison de disques, ni même de manager pour les tournées de mes spectacles.
Pour mes textes, il y a eu un concours de circonstances extraordinaire. David Kersan a eu assez de foi en ce que je fais pour convaincre un grand éditeur. Et Raphaël Sorin de Fayard a eu le courage et l’ouverture d’esprit de publier un auteur considéré, même par ses fans, comme ne faisant pas assez de concessions pour sortir de l’underground.

- C’est vrai que vous abordez souvent des thèmes sulfureux, avec un style cru et violent qui peut choquer. Avez vous dü vous censurer pour que ce livre soit publié ?
J’ai écrit le livre à ma façon sans me brider. Je ne peux rien créer de bon si je me fixe des limites esthétiques ou morales. Je n’excelle que dans le chaos. Je ne nage bien que dans la tempête.
L’éditeur n’a demandé aucune censure du roman. Il a simplement proposé des modifications ponctuelles du texte dans le but de l’améliorer.

- On peut donc s’attendre à du pur Costes, trash, violent, choquant à tout va...
Le livre est très violent car c’est l’histoire d’un homme pris dans les grands massacres du 20ème siècle. La violence de mon style correspond à la violence de l’époque. Mais parfois, au milieu de tous ces crimes, surgit un moment de paix, d’amour, et même de mysticisme. Des miraculeux répits que j’exprime aussi.
Il y a bien des fleurs qui poussent sur la merde...

- Vous avez souvent dit que les textes de vos chansons étaient largement improvisés, sans que vous sachiez à l’avance quel thème serait traité? Es-ce aussi le cas pour votre roman? Avez vous suivi un plan précis?
Mon expérience de la chanson influe certainement sur mon écriture. Je ne sais pas à l’avance de quoi je vais parler. Mon seul plan est de me conditionner pour entrer dans un état proche de la transe, en m’isolant complètement, en ne mangeant et ne dormant presque plus. La solitude et la faiblesse ouvrent un porte secrète dans ma tête. Je plonge dans un tunnel mental. Une voix me parle et je n’ai plus qu’à transcrire ce qu’elle me raconte. J’écris à toute vitesse, sans relire. Que ça soit bon ou mauvais n’est pas important. L’essentiel est de laisser jaillir librement le flux mental. De ne surtout pas chercher à le canaliser. Je fixe sur le papier tous les mots qui me viennent, nuit et jour, jusqu’à ce que je tombe épuisé. Et quand je me réveille, je recommence. Au bout d’un moment (six semaines pour Grand Père) le flux se tarit, la voix se tait. Je n’ai plus rien à écrire et le livre est fini.
Mais il s’agit d’un livre incommunicable, le charabia incomprehensible d’un sorcier. Mon travail consiste alors à élaguer et reconstruire ce délire pour le transformer en roman accessible à tous, avec une histoire et un style simple. Avec 1500 pages d’un flux hallucinant de mots, je fais un roman de 300 pages.

- Si vous n’avez pas de but précis quand vous écrivez le premier jet, quelle est votre intention quand vous reconstruisez le texte initial ?
Je veux communiquer les émotions les plus fortes dans le style le plus concis et percutant possible. Que le lecteur plonge dans le roman comme dans un excellent film d’aventures physiques et mentales. Que lire soit vivre une aventure.
Comme un spéléologue qui aménage la grotte secrète, je crée des escaliers et des passerelles, j’éclaire l’abîme mental pour en permettre la visite.
Je suis le guide du voyage mental.

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