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- On vous connait depuis longtemps pour vos chansons et vos opéras. Moins pour vos textes...
Jécris régulièrement depuis 1997. Des textes courts que je publiais sur mon site internet. Je croyais que personne ne les lirait. Mais ça a plu. Dautres sites et des revues littéraires indépendantes, comme Cancer, Hermaphrodite, Bordel... mont demandé décrire pour eux. En 2001, jai écrit un premier texte long, Viva la merda, qui ressemblait plus à un scénario de film quà un roman. Hermaphrodite la publié. En 2005, David Kersan ma présenté à Raphaël Sorin qui ma proposé décrire un roman pour Fayard : Grand Père.
- Cest étonnant quun artiste aussi underground que vous soit signé par une grand maison dédition.
Je suis le premier étonné. Depuis vingt ans, je suis habitué à mauto-produire et nai jamais eu un contrat avec une grand maison de disques, ni même de manager pour les tournées de mes spectacles.
Pour mes textes, il y a eu un concours de circonstances extraordinaire. David Kersan a eu assez de foi en ce que je fais pour convaincre un grand éditeur. Et Raphaël Sorin de Fayard a eu le courage et louverture desprit de publier un auteur considéré, même par ses fans, comme ne faisant pas assez de concessions pour sortir de lunderground.
- Cest vrai que vous abordez souvent des thèmes sulfureux, avec un style cru et violent qui peut choquer. Avez vous dü vous censurer pour que ce livre soit publié ?
Jai écrit le livre à ma façon sans me brider. Je ne peux rien créer de bon si je me fixe des limites esthétiques ou morales. Je nexcelle que dans le chaos. Je ne nage bien que dans la tempête.
Léditeur na demandé aucune censure du roman. Il a simplement proposé des modifications ponctuelles du texte dans le but de laméliorer.
- On peut donc sattendre à du pur Costes, trash, violent, choquant à tout va...
Le livre est très violent car cest lhistoire dun homme pris dans les grands massacres du 20ème siècle. La violence de mon style correspond à la violence de lépoque. Mais parfois, au milieu de tous ces crimes, surgit un moment de paix, damour, et même de mysticisme. Des miraculeux répits que jexprime aussi.
Il y a bien des fleurs qui poussent sur la merde...
- Vous avez souvent dit que les textes de vos chansons étaient largement improvisés, sans que vous sachiez à lavance quel thème serait traité? Es-ce aussi le cas pour votre roman? Avez vous suivi un plan précis?
Mon expérience de la chanson influe certainement sur mon écriture. Je ne sais pas à lavance de quoi je vais parler. Mon seul plan est de me conditionner pour entrer dans un état proche de la transe, en misolant complètement, en ne mangeant et ne dormant presque plus. La solitude et la faiblesse ouvrent un porte secrète dans ma tête. Je plonge dans un tunnel mental. Une voix me parle et je nai plus quà transcrire ce quelle me raconte. Jécris à toute vitesse, sans relire. Que ça soit bon ou mauvais nest pas important. Lessentiel est de laisser jaillir librement le flux mental. De ne surtout pas chercher à le canaliser. Je fixe sur le papier tous les mots qui me viennent, nuit et jour, jusquà ce que je tombe épuisé. Et quand je me réveille, je recommence. Au bout dun moment (six semaines pour Grand Père) le flux se tarit, la voix se tait. Je nai plus rien à écrire et le livre est fini.
Mais il sagit dun livre incommunicable, le charabia incomprehensible dun sorcier. Mon travail consiste alors à élaguer et reconstruire ce délire pour le transformer en roman accessible à tous, avec une histoire et un style simple. Avec 1500 pages dun flux hallucinant de mots, je fais un roman de 300 pages.
- Si vous navez pas de but précis quand vous écrivez le premier jet, quelle est votre intention quand vous reconstruisez le texte initial ?
Je veux communiquer les émotions les plus fortes dans le style le plus concis et percutant possible. Que le lecteur plonge dans le roman comme dans un excellent film daventures physiques et mentales. Que lire soit vivre une aventure.
Comme un spéléologue qui aménage la grotte secrète, je crée des escaliers et des passerelles, jéclaire labîme mental pour en permettre la visite.
Je suis le guide du voyage mental.
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